On connaît la chanson - Amnesty International se met au russe

Publié le par G.

One Slap aime à se nourrir de claques venues de tous les horizons: à notre ami slappeur qui a posé ses valises en Russie de nous faire aujourd'hui le plaisir de sa plume. Comment on dit "enjoy", en russe?


La raison d’être d’Amnesty, je ne vous apprends rien, est de faire du bruit sur des sujets dont les mass media et les grands de ce monde ne parlent pas, ou pas assez. Et chez Amnesty France, en 2010, on profite que ce soit l’année de la Russie pour faire beaucoup de bruit sur la liberté d’expression et la situation des droits humains dans le plus grand pays du monde (presque deux fois le Canada, eh oui !), en particulier sur certaines pratiques toujours en vigueur en Russie, telles que la censure, la torture, le racisme, les assassinats d’opposants, d’activistes et de journalistes. Sauf qu’en l’occurrence, les droits de l’homme en Russie, les journaux français en parlent déjà pas mal – à l’exception peut-être de France Soir? Mais qu’importe. Il est des sujets dont on ne parle jamais trop. Et ça, Amnesty l’a aussi compris. Après une première vidéo qui détournait en mars dernier la chute de Mylène Farmer lors de sa rencontre avec le Président Medvedev, l’ONG y va donc une fois de plus sans détour.



La date de lancement du nouveau volet de la campagne "Russie et droits humains" n’a pas été choisie par hasard. La vidéo a fait son apparition sur la toile la semaine où débarquait au pays des droits de l’homme Vladimir Poutine, dont la visite a commencé virtuellement mercredi soir dernier par une interview diffusée à la télévision française. Au cours de l’émission, le chef de l’exécutif russe a réussi –tenez-vous bien, alors qu’il était justement interrogé sur la question des droits humains en Russie, à répondre sur la situation des droits humains… en France! Les téléspectateurs se seront d’ailleurs certainement demandé pourquoi le journaliste qui l’interrogeait est resté si complaisant à ce moment de l’entretien, fronçant à peine le sourcil et enchaînant rapidement sur le sujet suivant. Nul ne sait, cependant, dans quel contexte précis a eu lieu l’interview –si ce n’est qu’elle n’était pas retransmise en direct puisque la rencontre avait eu lieu deux jours auparavant à Sotchi, sorte d’Orange County version russe, ni quelles ont été les conditions imposées à la chaîne, notamment en termes de sujets à ne pas (trop) aborder, pour lui permettre d’obtenir l’exclusivité. Au final, le spectateur aura donc seulement assisté à un grand moment de rhétorique poutinienne : c’est celui qui l’dit qui l’est. Le Premier ministre maîtrise, en effet, mieux que personne l’art de toujours renvoyer la balle dans le camp de ses contradicteurs. 

Des matrioshki, poupées russes, à la korobushka, chanson russe traditionnelle, aucun cliché  n’échappe au spot réalisé pour l’organisation de défense des droits humains par l’agence La Chose, et je serais même tenté de répondre à Amnesty qu’on connaît la chanson, tout comme on connaît déjà par cœur le couplet sur la violation des libertés et des droits de l’homme en Russie. Et pourtant, il n’est pas superflu de continuer à le chanter, ce couplet, en gardant l’espoir d’être toujours plus nombreux à l’entonner jusqu’à ce qu’il finisse par être entendu.

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