La crise nous rendra-t-elle tous fous ?

Publié le par S.

"Quoi ? La crise encore ? Mais qu’est-ce qu’elle nous gonfle avec la crise ?!". Je sais. Je ne brille pas par l’originalité du sujet. Mais qu’importe : les slappy claques les plus surprenantes ne sont pas toujours les plus inattendues. La preuve.

 

Alors que la Grèce se serre la ceinture, que l’Espagne réduit les salaires de ses fonctionnaires et que la France envisage de mettre "les hauts revenus et les revenus du capital (…) à contribution"  (à voir dans le Monde ici), la pub, elle, perd la boule. Ou plutôt, elle nous  fait perdre la boule, en éveillant des désirs contradictoires –un peu comme la métaphore de l’âne de Buridan. Ce dilemme poussé à l’extrême par le philosophe met en situation un âne sommé de choisir entre un baquet d’eau et une bonne bouchée d’avoine. Incapable de choisir, l'animal meurt de faim et de soif. Quel rapport avec nos affaires ? J’y viens.

jpg lait-d iciLe contexte économique global nous invite à la rigueur la responsabilité, et plusieurs annonceurs s’engouffrent dans la brèche. Marché U propose de consommer des produits locaux pour soutenir nos producteurs (à voir par ), tandis que les "éleveurs laitiers de France" s’associent pour nous proposer du lait engagé, du lait bien de chez nous, bref : du  "lait d’ici (… qu’on) aime". Donner du sens à la consommation même quotidienne, valoriser le protectionnisme et faire vibrer la corde de la cohésion nationale : citoyens, consommons utile ; voilà ce que certaines marques nous disent. A l’inverse, d’autres évitent la voie responsable et invitent à la satisfaction de plaisirs individuels, égoïstes ; bref, à oublier la crise et à prendre son pied. Ainsi Renault, avec sa nouvelle Megane Estate valorise l’homme qui n’a aucune excuse rationnelle pour s’offrir un break : "je la veux" et c'est tout, explique-t-il dans ce spot. On imagine la conversation entre planners stratégiques et créatifs : "nan mais tu comprends, not’ gars là, il en a ras l’bol qu’on lui dise "consomme comme-ci c’est bon pour l’économie, consomme comme-ca c’est bon pour les petits commerçants du tiers monde". Not’ gars, il a envie de se faire plaisir tu vois, et c’est Renault qui lui permet ça : enfin il s’affranchit quoi tu vois ; il retrouve sa liberté, c’est le retour de la conso plaisir, la fin de la culpabilité. Tu vois, quoi ?" . Ouais, on voit bien ouais.

"Fais-toi plaisir, m***** !", "Non, pense au futur, pense au pays ; sois responsable", "Mais non, t’es pas Mère Thérésa, paie toi un kiff"... Choisir entre le monde et soi, l’avenir collectif et la jouissance personnelle, exclusive : voilà les injonctions paradoxales qui nous sont envoyées depuis notre tube cathodique. Les marques hésitent, au même titre que nos politiques ; leurs tergiversations sont à l’image du grand doute qui a envahi le monde quant à l’attitude à adopter face au contexte : continuer comme si de rien n’était ? Prôner le retour d’une éthique salvatrice, applicable partout et par tous ? Une certitude : devant l’écran, je est un autre : je devient l’âne. Dans le prochain post je vous dis si je suis morte de faim ou de soif. Slap.

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ELO 19/05/2010 11:35


super ce post!!
merci S.


S. 19/05/2010 21:39



Merci ! Et toi: morte de faim? de soif? ou survivante? En cas d'hésitation, il est aussi possible de rejoindre le FLC, soit le collectif Fuck La Crise ;) http://www.fucklacrise.com/blog/