France Inter: l'odieuse claque de la semaine

Publié le par S.

Il y a des claques qui surviennent de bon matin, font trembler la mâchoire, serrent le cœur et laissent un sentiment de colère. C’est à peu de choses près l’effet ressenti chaque matin depuis trois jours, à l’écoute de France Inter. Retour sur la fin d’une semaine qui avait mal commencé (vous n’avez pas déjà oublié la défaite des Bleus ?).

Jeudi matin 7h55: Guillon annonce que cette chronique est la dernière. Mon subconscient m’interdit de prendre au sérieux la nouvelle; elle est confirmée 2h plus tard sur le Monde.fr. On se rue sur le site de la station, on revoit la chronique de Guillon qui parodie une braderie cauchemardesque: celle des humoristes. Premier coup de massue.

 

Alors on enquête, un peu: c’est vrai que ça lui pendait au nez, à Guillon; depuis un an, après l’épisode Strauss-Kahn et les sirènes d’alarme (c’était drôle non ?), le scandale du mariage gris de Besson (fameux !). Oui, les auditeurs inquiets murmuraient sans trop y croire que ça lui pendait au nez. En écoutant la chronique de la veille, l’on découvre l’aspect le plus sale, minable de toute cette affaire: l’art et la manière de virer les gens avec autant d’égard que la pire des entreprises du privé:

 

Et Jean-Luc Hees ne regrette pas sa décision de se défaire de Guillon. Pas plus qu’il n’a de remord de remercier Didier Porte: "Je considère que cette tranche d'humour est un échec. Elle a montré une grande misère intellectuelle, dont je ne m'accommode pas. Il n'y aura pas de changement d'horaire ni de remplaçants. Ce qui ne fait pas rire à 7 h 55 ne me fera pas plus rire à 3 heures du matin" (Le Monde du 23 juin 2010).  Les deux millions d’auditeurs qui suivaient les chroniques humoristiques de la matinale ne comprennent pas bien à qui pense le président de Radio France, lorsqu’il évoque cet humour qui "ne fait pas rire". Certainement pas à eux. Mais passons. Passons à Porte, lui aussi, élégamment lâché –Bern, qui l’accueille depuis dix ans dans le Fou du Roi dit n’avoir pas même été mis au courant.

Il y a Eric Lange aussi. Certes, il n’est pas humoriste; mais l'animateur d''"Allô la planète" rescapé des années 70 et qui en a gardé les rêves –le voyage, la liberté, l’amour, à défaut de nous avoir fait rire, nous aura fait rêver avec lui. A l’heure de l'idéologique "travailler plus pour gagner plus", celui qui nous démontrait chaque soir que la rentabilité et la productivité n’étaient pas les seuls modèles à suivre; cet homme qui nous a fait partager les périples incroyables de gens partis au bout du monde, à vélo, en bateau, à pieds; ce fou qui nous a laissé croire que songer à la grande évasion n’était pas un comportement déviant et marginal mais un désir commun et réalisable: ce fou nous manquera.

Enfin, il y a Vincent Josse et son "Esprit critique". Il avait le cran de nous parler littérature, érudition et culture au réveil, dès 9h. Instruire les foules, rendre la culture accessible à une heure de grande écoute; à quoi bon? Lors de sa dernière chronique, ce matin, la slap s’est méchamment arrêtée sur ma joue; cinglante, plus amère que la veille encore. Non, Guillon et Porte n’ont pas toujours fait preuve du meilleur goût. Oui, Eric Lange est un grand naïf, mais un naïf qui nous contes de belles -et vraies- histoires. Philippe Val assure que tous ces changements sont justifiés; qu’il faut lui faire confiance et qu’à la rentrée, on comprendra (Josse reviendra d’ailleurs en septembre avec "l’Atelier"). Peut-être –nous ne sommes pas opposés au changement en soi; celui-ci a simplement des relents douteux, suspects, comme un goût de soumission au pouvoir en place.

En attendant septembre, on regrettera avec grand peine ces Robins des Bois du service public, qui avaient une audace trop rare aujourd’hui: rire du pouvoir, instruire les foules. Ils avaient l’audace de ce qu’était sensé leur permettre le service public.

La slap se meut en un salut reconnaissant: à Guillon, Porte, Josse et Lange bien sûr, mais également à Jean-Marc Four, Sophie Loubière, Sylvie La Rocca, Philippe Debrenne, Brigitte Palchine, Marjorie Risacher qui quittent l'antenne, nous disons chaleureusement: big up.

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Aline 01/07/2010 11:15


J' ai été triste et déçue en apprenant pour Guillon ( mais c'était prévisible ) et encore plus pour Allo la Planète de Eric Lange, qui était mon émission de chevet, et un parfait exemple de radio
"libre" constructive ... Je pense que ça va laisser un vide dans la grille du soir ...


M. 25/06/2010 18:20


La rumeur dit que c'est aussi un peu Guillon qui a tendu la perche en exigeant des conditions de re-conduction parfaitement utopiques et indécentes pour un service public (on parle de cdi, et
d'indemnisation pour démissionner de canal, sachant que ses chroniques sur la chaine cryptée s'élevait à 9 000€ la semaine)... ça n'excuse en rien la soumission de Hees aux pressions d'un pouvoir
politique plus proche du despotisme tyrannique que d'une république engagée pour la liberté de la presse, mais c'est tout de même à souligner...